Prendre un notaire lors d’un décès : obligation ou simple option ?

Un décès ne suspend pas la marche du monde, et la mécanique successorale se met en branle, avec ou sans notaire. Beaucoup l’ignorent : dans certains cas, les démarches peuvent se faire sans passer par la case étude notariale. Pourtant, il existe des situations où le recours au notaire devient incontournable. Qu’on se le dise : tout dépend de la nature du patrimoine, des héritiers et du contenu du dossier.

Les étapes de la succession : avec ou sans notaire

Une fois le certificat de décès en main, la première tâche consiste à identifier les ayants droit. Pour justifier leur statut, ils auront besoin soit d’un certificat d’hérédité, soit d’un acte de notoriété. Ces documents permettront ensuite de dresser l’inventaire des biens du défunt, étape préalable aux déclarations fiscales et à la répartition. Attention, l’assurance-vie obéit à ses propres règles : ici, c’est au bénéficiaire de se rapprocher de la banque et de l’administration fiscale pour régler la transmission.

Trouver les héritiers et prouver sa qualité : le notaire pour l’acte de notoriété

Pour attester de son rôle d’héritier, il existe deux possibilités : le certificat d’hérédité, délivré par la mairie, ou l’acte de notoriété, établi par le notaire. Dans la majorité des situations, l’un de ces justificatifs sera exigé. La configuration familiale influence la procédure : patrimoine modeste, famille resserrée, ou, au contraire, succession complexe… Retenez que si le défunt n’a rien prévu par testament et qu’il n’était pas marié, la loi désigne les enfants comme héritiers légaux. Les partenaires de PACS, eux, ne reçoivent rien. Si le dossier sort de la routine, famille recomposée, héritiers absents, existence d’un testament, l’expertise d’un notaire ou d’un conseiller patrimonial s’avère précieuse.

Lorsque la composition de la famille est claire et l’actif faible, un passage en mairie suffit à obtenir le certificat d’hérédité, mais uniquement pour les successions dont la valeur brute ne dépasse pas 5 335,72 €. Autant dire que cette possibilité reste marginale. Au-delà, seul le notaire est habilité à délivrer l’acte de notoriété.

On pourrait croire que l’intervention du notaire est à chaque fois incontournable, mais ce n’est pas le cas. L’acte de notoriété reste une formalité peu coûteuse, et il sera souvent le seul passage obligé avant de gérer la suite sans professionnel.

Si vous soupçonnez l’existence d’un testament, sachez que tout est centralisé dans le Fichier central des dispositions de dernières volontés (FCDDV). Le notaire ou l’héritier peut y accéder, moyennant une trentaine d’euros, pour vérifier si le défunt avait rédigé ses volontés.

Identifier les comptes bancaires : notaire ou héritiers, accès au FICOBA

Après avoir identifié les héritiers et obtenu l’acte de notoriété, il faut procéder à la fermeture des comptes du défunt. La banque demandera la preuve de votre qualité d’héritier, puis le certificat de décès. Pour ne rien laisser de côté, il existe le fichier FICOBA, qui recense tous les comptes bancaires ouverts en France. Le notaire y a accès, mais les héritiers peuvent également interroger ce fichier par eux-mêmes.

Établir l’inventaire des biens et calculer l’impôt : déclaration simplifiée en-dessous de 50 000 €

Une fois tous les comptes recensés, il est temps de s’attaquer à la déclaration de succession. L’ensemble des démarches (inventaire, calcul des droits) s’effectue via les formulaires 2705 et 2705*S. Il faut dresser la liste précise des avoirs et des dettes au jour du décès : comptes, dettes, véhicules, mobilier… L’exercice peut s’avérer complexe, et il n’est pas rare de solliciter le notaire pour éviter les erreurs.

Cependant, la déclaration n’est pas requise si la valeur brute des biens transmis est inférieure à 50 000 € pour les conjoints ou enfants, ou à 3 000 € pour d’autres bénéficiaires. Dans ce cas, une simple inscription auprès du service des impôts du domicile du défunt suffit. Souvent, aucun droit de succession n’est dû, et la transmission s’achève rapidement.

Dès lors que le patrimoine transmis aux héritiers directs ne dépasse pas 50 000 € (ou 3 000 € dans d’autres configurations), le recours au notaire pour la déclaration de succession n’est pas utile. L’acte de notoriété peut être demandé, mais rien n’empêche de gérer le reste en autonomie pour éviter les frais supplémentaires.

Patrimoine supérieur à 50 000 € : le notaire est-il incontournable ?

Lorsque l’actif successoral franchit les 50 000 €, la déclaration de succession devient obligatoire. Certains choisissent de remplir eux-mêmes le formulaire 2705, mais cela implique :

  • établir la liste exhaustive des biens du défunt ;
  • calculer l’actif net après application des abattements légaux (20 % sur la résidence principale, 1 500 € pour les frais d’obsèques, etc.) ;
  • appliquer les abattements familiaux spécifiques ;
  • déterminer puis répartir les éventuels droits à payer.

La démarche est technique. Pour les successions sans bien immobilier, sans testament ni contrat de mariage, il reste possible de tout gérer soi-même. Mais dès que l’un de ces critères s’invite, bien immobilier, existence d’un testament ou d’un contrat de mariage, le recours au notaire s’impose.

Assurance-vie : récupérer les fonds sans notaire ?

La gestion de l’assurance-vie, elle, peut être effectuée directement auprès des banques ou assureurs. Si besoin, le notaire peut être informé de l’existence du contrat, mais cela ne change rien au traitement du dossier si le bénéficiaire s’en charge seul. Pour découvrir un contrat dont on ignore l’existence, il suffit d’écrire à l’AGIRA, qui sollicitera tous les organismes concernés. Ce courrier doit contenir l’acte de décès, la preuve de qualité d’héritier et l’état civil du défunt. Depuis quelques années, le fichier FICOVIE centralise les contrats d’assurance-vie supérieurs à 7 500 €.

Une fois l’existence du contrat confirmée, le bénéficiaire doit simplement informer la banque, fournir une pièce d’identité, l’acte de décès et un relevé bancaire. Un formulaire lui sera transmis pour permettre à l’établissement de calculer l’éventuelle fiscalité, notamment si d’autres contrats ont été perçus dans d’autres banques. Pour plus de détails, voir ici : comment puis-je rétablir l’assurance-vie en cas de décès ?

Le notaire : passage obligé ou choix personnel ?

En pratique, pour les successions inférieures à 5 335 €, la mairie peut suffire pour obtenir le certificat d’hérédité. Pour tous les autres cas, la première étape chez le notaire, l’acte de notoriété, reste quasi incontournable. Mais pour les héritiers directs d’un patrimoine inférieur à 50 000 €, rien n’impose de leur confier la suite. Au-delà, ou en présence d’un bien immobilier, d’un testament ou d’un contrat de mariage, l’intervention du notaire devient la règle.

Quant à l’assurance-vie, il est vivement conseillé de traiter directement auprès de la banque ou de l’assureur. Ces démarches sont accessibles à tous, quel que soit le montant de la succession.

Face à l’ampleur des choix, il n’existe pas de recette universelle. Mais une chose est sûre : savoir quand le notaire est incontournable, et quand il ne l’est pas, permet d’éviter des frais inutiles… et de traverser cette épreuve avec un peu plus de liberté.

Plus d’infos