La France s’est dotée de directives nationales pour harmoniser la cartographie des réseaux souterrains, mais la réalité du terrain déborde largement ce cadre. D’un territoire à l’autre, les collectivités appliquent des méthodes de relevé qui n’ont parfois que peu à voir avec les prescriptions du Code de l’urbanisme. Résultat : des écarts qui pèsent lourd lors du lancement des chantiers publics, avec à la clé une gestion des réseaux qui vire trop souvent à la loterie.
Les outils géomatiques ont pris d’assaut la planification urbaine, promettant des diagnostics plus fins et un pilotage éclairé. Pourtant, malgré leur sophistication, ils ne font pas disparaître les conflits d’usage entre les espaces bâtis et les infrastructures enterrées. Les décisions majeures se tranchent fréquemment loin des tables officielles de concertation. Ici, innovation technologique et gouvernance des territoires avancent en parallèle, sans toujours réussir à se synchroniser.
Urbanisation et périurbanisme : comprendre les dynamiques qui transforment nos territoires
Les territoires français connaissent aujourd’hui une transformation en profondeur, portée par l’urbanisation continue et l’essor du périurbain. Les frontières entre centres urbains, aires métropolitaines et espaces naturels, agricoles ou forestiers (NAF) se déplacent lentement mais sûrement. Dans ce jeu de recomposition, le domaine non cadastré (DNC) occupe une place charnière : il sert à la fois de réserve pour la construction de logements ou de bâtiments d’activité, puis, une fois transformé, entre dans le cadastre pour accompagner le changement d’usage.
Dans des métropoles comme Rennes ou Bordeaux, la gestion du foncier avance étape par étape. Les opérations d’aménagement modifient le statut des parcelles, déclassant parfois le domaine public au profit du domaine privé pour répondre à la pression démographique croissante.
Cette évolution ne se limite plus au cœur des villes. Les communes de la périphérie, longtemps considérées comme de simples réservoirs fonciers, prennent désormais part à la production urbaine. Chaque modification de parcelle, qu’il s’agisse de voirie, de zones en eau ou d’espaces publics, implique des choix et des compromis entre de multiples acteurs. Les travaux de VRD illustrent concrètement ces arbitrages, mettant en lumière les tensions entre développement urbain et préservation des équilibres locaux.
Ces recompositions s’observent également dans l’usage renouvelé des places et des parcs. À Rennes, la place Lucie et Raymond Aubrac, autrefois espace public, a laissé place à de nouveaux logements. Plus au sud, le parc d’Algarve suit la même logique d’adaptation. Derrière chaque projet, élus, techniciens et urbanistes orchestrent ces transformations, souvent loin des projecteurs et du regard des habitants. À chaque fois, la gestion du foncier décide silencieusement de la forme du territoire à venir, entre impulsion des collectivités et initiatives privées.
Quels rôles pour la géomatique dans la planification urbaine contemporaine ?
Impossible aujourd’hui d’imaginer un projet urbain sans recourir à la géomatique. Cette discipline s’est imposée comme un levier décisif, offrant une lecture fine des données spatiales et transformant la cartographie en véritable outil d’aide à la décision.
À Rennes comme en Nouvelle-Aquitaine, la gestion urbaine s’appuie désormais sur une mosaïque de bases de données : cadastre, fichiers fonciers, MOS (modes d’occupation du sol), BD Topo, OCS NvA. Ce socle de données alimente la veille sur l’évolution du foncier, la détection des changements dans les espaces publics ou les friches, et guide la mise en œuvre des opérations d’aménagement et d’urbanisme.
La méthode de polygonisation géomatique permet de décrypter le domaine non cadastré, segmentant l’espace pour mieux saisir la complexité des voiries, des zones naturelles ou des espaces en eau. Deux techniques dominent : l’itération multi-millésime, qui affine la précision temporelle, et l’approximation spatiale, qui ajuste les contours au fil des évolutions récentes. Ces traitements, invisibles du grand public, donnent pourtant la trame de fond des modes d’occupation du sol.
Bordeaux Métropole, par exemple, articule ces différentes sources pour dresser un inventaire précis du domaine public et affiner la gestion de son foncier. Les décideurs disposent alors d’un tableau de bord évolutif : ils anticipent les besoins en logements, identifient les réserves foncières et pilotent la sobriété foncière. La géomatique agit à la jonction de la stratégie et de l’action, révélant aussi bien les atouts que les failles du territoire urbain.
Entre stratégies publiques et initiatives privées, quelles transitions pour les réseaux urbains ?
La transformation des réseaux urbains s’écrit dans l’entre-deux du domaine public et du domaine privé, où chaque partie avance ses pions au nom de l’intérêt général, ou de ses propres objectifs. À Rennes, Bordeaux, Paris, le territoire évolue par petites touches, au rythme des négociations et des décisions partagées. Le domaine non cadastré (DNC) peut, selon les besoins et les stratégies, se retrouver du côté public ou privé : collectivités, sociétés civiles immobilières, promoteurs… chacun entre dans la danse, le foncier passant de main en main, se déclasse, se transfère.
Pour les acteurs publics, la redistribution du domaine vise à faciliter l’aménagement urbain et la création de nouveaux espaces : logements, bâtiments d’activité, infrastructures. Les opérations d’aménagement, comme le Programme d’Aménagement d’Ensemble (PAE) des Bassins à Flot à Bordeaux, orchestrent le passage des parcelles d’un statut à l’autre, mobilisant une pluralité d’intervenants : collectivités, État, opérateurs urbains, partenaires privés, promoteurs, gestionnaires de sites, ingénieries spécialisées.
Voici les principaux leviers qui structurent ces transitions :
- Mobilisation du foncier : transfert, déclassement, cession, tout s’organise autour du mouvement des parcelles.
- Production urbaine : chaque projet vise à créer du logement, de l’activité ou des espaces publics, répondant ainsi à la demande locale.
- Concertation et négociation : chaque opération s’équilibre entre intérêts locaux et logiques de marché, nécessitant dialogue et compromis.
Au fond, la mutation des réseaux urbains dépasse la technique pure. C’est la tension constante entre régulation collective et stratégies individuelles qui dessine la ville. Ces réseaux, qu’ils soient visibles ou enfouis, rendent palpable ce jeu d’équilibristes où la puissance publique, le droit et les ambitions privées se croisent et s’affrontent. Demain, la ville se dessinera encore dans ces frictions discrètes, là où chaque décision laisse une empreinte durable sur le territoire.


